Parano à l'Elysée !

Publié le par Anakyne

Parano à l'Elysée
Par Nicolas Domenach, directeur-adjoint de la rédaction de Marianne.

 
Parano à l'Elysée
Sous le quinquennat Sarkozy, l'Elysée ne devait plus être le Kremlin. Le président nouveau devait ouvrir grand les portes et les fenêtres. Il communiquerait enfin, contrairement à Chirac qui se murait obstinément dans un royal silence. Le règne de Sarkozy promettait d'être celui de la transparence. Transparence mon œil !

Les conseillers de l'Elysée ont reçu une note de recadrage rendue publique par Jean-Marc Morandini et Europe 1, une note de verrouillage plutôt, si suspicieuse, si stalinienne que beaucoup d'abord ont cru qu'il s'agissait d'un faux, d'un montage. En effet, ce texte signé de la directrice de cabinet du président, Emmanuelle Mignon et du porte-parole de l'Elysée, David Martinon, comporte des rappels au règlement du secret d'Etat élyséen si caricaturalement militaire et confidentiel défense qu'on croirait une provocation. En effet, la note rappelle d'abord dans un sabir techno-administratif que « toutes les interventions publiques des conseillers sont interdites… sauf quand elles sont autorisées », par les autorités compétentes. Ce sont donc les ministres, le porte-parole de gouvernement, le Premier ministre et le porte-parole de l'Elysée qui sont chargés d'expliquer la politique du président, pas les conseillers qui doivent rester dans l'ombre !

Mais plus croquignolet encore, il est précisé que « les contacts informels sont proscrits » et là aussi « sauf s'ils sont autorisés ». Ce qui fait qu'ils ne sont plus informels. Et comme « il y a trop de rumeurs, trop de bruits qui sortent de l'Elysée et qui sont d'ailleurs souvent infondés », nos deux cerbères stipulent et c'est souligné : « Veillez aux informations que vous divulguez aux autres cabinets ministériels ou tout simplement dans votre entourage et parmi vos amis »… Chut, on vous écoute ! L'ennemi est aux aguets. La parano au Palais est totale. Pas de confidences sur l'oreiller. C'est connu, la literie d'un conseiller élyséen est bavarde.

Chaque équipe a certes connu de semblables rappels à l'ordre mais ils étaient oraux en général, et aussi autoritaires que vains d'ailleurs. « De toute façon, comme le dit un actuel conseiller élyséen fataliste, dès que nous sommes plus de deux à connaître un secret, il n'existe plus et surtout il est impossible de savoir qui l'a trahi ». Il y a bien eu pourtant trahison des intérêts supérieurs en l'occurrence pour inspirer cette note adjudantesque et dantesque.

Certains évoquent les interventions multiples de Raymond Soubie comme hier sur l'antenne d'I-Télé ou de Henri Guaino, interventions qui auraient déplu au Premier ministre. L'Elysée dément. En revanche, on sait que les fuites sur les bisbilles entre Rachida Dati et Rama Yade ont fortement déplu. Notamment les assignations sur le droit de veto - démenties - qu'aurait émis la ministre de la Justice contre sa collègue des Droits de l'Homme. Mais plus encore ce qui a exaspéré le président, ce sont les échos, déformés, râle-t-il, de la réunion élyséenne à son retour de Chine. Nicolas Sarkozy a dû démentir personnellement y avoir passer un savon à François Fillon comme à MAM ou à Fadela Amara. Il est vrai que c'est dans l'avion qu'il s'était mis en colère contre la mollesse de ses ministres et pas à Paris où il s'est montré plus compréhensif. L'amusant est que ces indiscrétions sur la tardive colère présidentielle ont été attribuées au porte-parole de l'Elysée, David Martinon, qui signe la note furax. Mais vous savez qu'en politique, c'est souvent l'accusé qui passe à l'attaque.

Enfin ceux qui ont cru à l'avènement de la transparence démocratique pourront toujours se consoler, si l'on ose dire, avec les photos glamours de Rachida Dati qui pose très star en Une de Paris Match. Photo prise à l'hôtel Park Hyatt, robe panthère Dior, bottes, bas résille. « Derrière le sourire de velours, une poigne de fer qui mène à un train d'enfer des réformes courageuses ». C'est la légende qui sculpte sa légende. « Elle incarne, est-il encore écrit, la France qui change ». Et beaucoup en la voyant si belle en sont fiers. Elle en joue. Elle en rajoute à la Sarkozy au moment où elle est attaquée de partout par les élus comme par les magistrats et les avocats pour sa réforme trop autoritariste de la carte judiciaire.

La star panthère parie sur l'opinion contre les élites mais elle a perdu des points ces dernières semaines dans les sondages. Les rattrapera-t-elle grâce à sa peopolisation ? On songe à cette pancarte brandie par un avocat manifestant : « Rachida Dati déshabille la justice et s'habille en Dior ». Le chic c'est choc !

Jeudi 06 Décembre 2007 - 16:43
Nicolas Domenach
 

Publié dans Revue de presse

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