6 août 1945 une bombe atomique sur Hiroshima.

Publié le par Anakyne

6 août 1945
Une bombe atomique sur Hiroshima !

Le 6 août 1945, l'explosion d'une bombe atomique au-dessus de la ville d'Hiroshima, au Japon, précipite la fin de la Seconde Guerre mondiale et inaugure l'Age nucléaire. Depuis lors plane sur le monde la crainte qu'un conflit nucléaire ne dégénère en une destruction totale de l'humanité.

André Larané
Un projet ancien

Dès avant la Seconde Guerre mondiale, les savants réfugiés aux États-Unis (y compris Albert Einstein) ont averti le président Franklin Roosevelt du risque que Hitler et les nazis ne mettent au point une bombe d'une puissance meurtrière exceptionnelle fondée sur le principe de la fission nucléaire.

En novembre 1942, désireux de devancer à tout prix les Allemands, le président américain inaugure en secret un programme de mise au point de la bombe atomique sous le nom de code Manhattan Engineer Project.

A la mi-1945, la bombe est pratiquement au point mais les conditions de la guerre ont entre temps changé. L'Allemagne nazie est à genoux et s'apprête à capituler sans conditions. Seul reste en guerre le Japon, mais celui-ci est loin de disposer d'une puissance militaire, industrielle et scientifique comparable à celle de l'Allemagne.

Résistance désespérée du Japon
A l'instigation des généraux qui tiennent le pouvoir, le Japon s'entête dans une résistance désespérée.

Les Américains ont pu en mesurer la vigueur lors de la conquête de l'île méridionale d'Okinawa: pas moins de 7.600 morts et 31.000 blessés dans les rangs américains entre avril et juin 1945! Dans la conquête de l'île d'Iwo Jima, 5.000 Américains sont tués. Les Japonais, quant à eux, n'ont que 212 survivants sur 22.000 combattants.... Les avions-suicides surnommés kamikaze («vent divin») et jetés contre les navires américains montrent également que les Japonais ne reculent devant rien pour retarder l'échéance.

Les bombardements conventionnels qui se multiplient depuis le début de l'année 1945 n'ont pas davantage raison de leur détermination. Le plus important a lieu le 19 mars 1945 : ce jour-là, une armada de 234 bombardiers B-29 noie Tokyo sous un déluge de bombes incendiaires, causant 83.000 morts.

L'état-major américain avance le risque de perdre 500.000 soldats pour conquérir Honshu, l'île principale de l'archipel (un débarquement est projeté le... 1er mars 1946). Le président Truman, dans ses Mémoires, évoque même le chiffre d'un million de victimes potentielles (sans étayer ce chiffre). Plus sérieusement, d'aucuns pensent aujourd'hui qu'une soumission de l'archipel par des voies conventionnelles aurait coûté environ 40.000 morts à l'armée américaine...

C'est ainsi qu'émerge l'idée d'utiliser la bombe atomique non plus contre l'Allemagne mais contre l'empire du Soleil levant en vue de briser sa résistance à moindres frais.

Le président Franklin Roosevelt meurt le 12 avril 1945 et son successeur à la Maison Blanche, le vice-président Harry Truman, reprend à son compte le projet d'un bombardement atomique sur le Japon. Celui-ci paraît d'autant plus opportun qu'à la conférence de Yalta, le dictateur soviétique Staline a promis d'entrer en guerre contre le Japon dans les trois mois qui suivraient la fin des combats en Europe, soit avant le 8 août 1945.

Or, Truman commence à s'inquiéter des visées hégémoniques de Staline. Il souhaite donc en finir avec le Japon avant qu'il n'ait l'occasion d'intervenir. Il souhaite aussi ramener le dictateur soviétique à plus de mesure par une démonstration de la puissance militaire américaine.

Le 3 juin, l'empereur Showa (Hiro Hito), qui a compris que son pays avait de facto perdu la guerre, demande par l'entremise de l'URSS l'ouverture de négociations de paix. Mais Staline fait traîner les choses et les généraux nippons s'en tiennent satisfaits.

Le bombardement

Le 16 juillet 1945, l'équipe de scientifiques rassemblée autour de Robert Oppenheimer procède dans le désert du Nouveau Mexique, sur la base aérienne d'Alamogordo (près de Los Alamos), à un premier essai nucléaire. L'expérience est pleinement réussie et convainc le président Truman de passer à la phase opérationnelle.

Un ultimatum adressé au Japon le 26 juillet par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine fait implicitement allusion à une arme terrifiante.

Dans les cercles du pouvoir, chacun est partagé entre la crainte d'ouvrir la boîte de Pandore et la hâte d'en finir avec la guerre. Pour éviter de tuer des civils innocents, on évoque l'idée d'une frappe atomique sur le sommet du Fuji Yama, la montagne sacrée du Japon.

L'idée est rapidement abandonnée car son efficacité psychologique est jugée incertaine et en cas d'échec, les Américains, qui ne disposent que de deux bombes A (A pour atomique), seraient en peine de rattraper le coup.

Disons aussi que, faute d'expérience, les scientifiques du projet Manhattan ne mesurent pas précisément les effets réels de la bombe atomique sur les populations. Et la perspective d'une bombe atomique sur une ville ennemie choque assez peu les consciences après les bombardements massifs sur les villes d'Allemagne et du Japon, les révélations sur les camps d'extermination nazis et les horreurs de toutes sortes commises sur tous les continents...

Le colonel Tibbets devant le bombardier Enola Gay, quelques heures avant de lancer la bombe atomique sur Hiroshima (6 août 1945) Finalement, au petit matin du 6 août 1945, un bombardier B-29 s'envole, solitaire, vers l'archipel nippon. Aux commandes, le colonel Paul Tibbets. La veille, il a donné à son appareil le nom de sa mère, Enola Gay.

Dans la soute, une bombe à l'uranium 235 de quatre tonnes et demi surnommée Little Boy. Sa puissance est l'équivalent de 12.500 tonnes de TNT (trinitrotoluène, plus puissant explosif conventionnel) avec des effets mécaniques, radioactifs et surtout thermiques).

L'objectif est déterminé pendant le vol. Parmi plusieurs cibles potentielles (Nigata, Kyoto, Kokura et Hiroshima), l'état-major choisit en raison de conditions météorologiques optimales la ville industrielle d'Hiroshima (300.000 habitants).

La bombe est larguée à 8h15, heure locale. Elle explose à 600 mètres du sol, lance un éclair fulgurant puis dégage le panache en forme de champignon caractéristique des explosions atomiques. 70.000 personnes sont tuées et parfois volatilisées sur le coup. La majorité meurent dans les incendies consécutifs à la vague de chaleur. Plusieurs dizaines de milliers sont grièvement brûlées et beaucoup d'autres mourront des années plus tard des suites des radiations (on évoque un total de 140.000 morts des suites de la bombe).

Hiroshima après la bombe atomique du 6 août 1945

Cette attaque sans précédent n'ayant pas suffi à vaincre la détermination des dirigeants japonais, les Américains décident trois jours plus tard, le 9 août, de larguer leur deuxième bombe atomique. Celle-là est au plutonium et non à l'uranium 235, une différence au demeurant insignifiante du point de vue des futures victimes.

Le bombardier B-29 de Charles Sweeney survole d'abord la ville de Kokura. La cible étant occultée par les nuages, il poursuit sa route vers Nagasaki (250.000 habitants) où une éclaircie du ciel lui permet d'effectuer le funeste largage. 40.000 personnes sont cette fois tuées sur le coup et des dizaines de milliers d'autres gravement brûlées (80.000 morts au total selon certaines estimations). Plusieurs milliers de victimes sont catholiques, la ville étant au coeur du christianisme japonais.

La reddition

La veille de l'attaque de Nagasaki, l'URSS a déclaré la guerre au Japon et le lendemain, le 9 août, elle a envahi la Mandchourie. Mais conformément aux attentes de Washington, ce sont les victimes d'Hiroshima et de Nagasaki qui convainquent le gouvernement japonais de mettre fin à une résistance désespérée. Dès le 10 août, Tokyo fait savoir sa décision à Washington.

Le 14 août, les Japonais, sidérés, entendent pour la première fois la voix de leur empereur ou mikado dans les hauts-parleurs installés partout dans les rues. D'une voix grave et embarrassée, Hiro Hito leur annonce sa décision de mettre fin à la guerre.

Consternation, cris et pleurs secouent les foules (sans exclure chez beaucoup de citoyens un soulagement secret à la perspective de la paix). Atterrés, des cadres du régime et des officiers choisissent de mettre fin à leurs jours selon le rituel nippon.

Le 2 septembre, le nouveau ministre des Affaires étrangères Shigemitsu et le chef d'état-major de l'armée impériale, le général Umezu, interdit de suicide par l'empereur, se rendent sur le pont du croiseur Missouri, dans la rade de Tokyo. En présence du général américain Douglas MacArthur, ils signent la capitulation de leur pays. La Seconde Guerre mondiale est terminée... et le monde entre dans la crainte d'une apocalypse nucléaire.

Shigemitsusigne la capitulation du Japon sur le pont du Missouri (2 septembre 1945)
Points de vue

Notons que l'opinion publique ne prit guère la mesure des événements qui venaient de se produire ces 6 et 9 août 1945. Ainsi le quotidien français Le Monde titra-t-il le 8 août 1945, comme s'il s'agissait d'un exploit scientifique quelconque : «Une révolution scientifique. Les Américains lancent leur première bombe atomique sur le Japon».

Parmi les rares esprits lucides figure le jeune romancier et philosophe Albert Camus, qui écrit dans Combat, le même jour, un article non signé : «Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commentaires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football. Des journaux américains, anglais et français se répandent en dissertations élégantes sur l'avenir, le passé, les inventeurs, le coût, la vocation pacifique et les effets guerriers, les conséquences politiques et même le caractère indépendant de la bombe atomique. Il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer une découverte qui se met d'abord au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles».

Publié dans L'Histoire

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