Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain, qui voit dans la hausse du prix du pétrole l'occasion de remettre au goût du jour des
modes de transport moins boulimiques que les camions, les 4X4.

Les ventes d'automobiles continuent de chuter aux
Etats-Unis, signe de la récession américaine. Vous savez que les deux piliers de la croissance américaine sont l'immobilier et la voiture, or les deux vont très mal, et pour les voiture depuis des
années. Le mois dernier, avril, qui est un bon mois pour les ventes, les ventes de voitures se sont effondrées de 14%. Le marché américain est tombé à son plus faible niveau depuis dix ans. La
faute au gallon d'essence qui a augmenté de 26% en un an. On en est à 120 dollars le baril. Du coup, bonne nouvelle, les ventes de 4x4 s'effondrent. Le 4x4 Explorer de Ford a plongé de 43%. Ce
n'est peut-être pas une bonne nouvelle pour la France dans la mesure où l'on va retrouver chez nous ces 4x4 à prix bradés.
Vers des investissements durables?
Mais la demande des français est en train de changer. Heureusement, elle se reporte massivement sur les automobiles à bas prix. Quoique le prix des voitures soit appelé à augmenter, car les
voitures sont faites d'aluminium, de plastique etc. et la hausse des matières premières va finir par avoir de l'effet, là aussi, sur les produits finis.
Autre bonne conséquence de la hausse du pétrole, le retour du rail, et de la navigation fluviale également. Il semblerait que Bruxelles soit décidé à pénaliser les camions. Les camions, c'est trois
quart du transport en Europe, avec tout ce que cela comporte de nuisances et d'accidents. Osera-t-on appliquer le principe pollueur-payeur ? La France, qui est un pays de passage, est extrêmement
polluée par les camions. Pour l'instant, les frais (de péage notamment) prélevés sur les poids lourds, sont réservés à l'entretien des routes. On s'orienterait (c'est du conditionnel) vers un
réinvestissement de ces frais dans des projets durables (rail ou voies d'eau), dans le remboursement des frais médicaux liés aux accidents ou à la pollution, ou de dommages causés aux cultures
agricoles et aux écosystèmes. Inutile de dire que les camionneurs crient à l'assassinat.
La phrase du jour: «J'appartiens à une génération qui a mauvaise conscience». Elle est de Marc Bloch, dans L'étrange défaite.
Mercredi 07 Mai 2008 - 07:10 Bernard Maris
On comprend aisément que la hausse du prix des carburants cause des soucis à ceux qu'on appelle les "professionnels". Mais à qui cette hausse ne cause-t-elle pas de soucis ? Mes pensées vont d'abord vers les salariés les plus modestes qui doivent utiliser leur véhicule personnel pour se rendre à leur travail, sans possibilité de prendre les transports publics. Pour eux, il n'y a pas baisse du bénéfice mais restriction de leur indispensable.
Est-il normal que ceux-là même qui ont réclamé et réclament encore la privatisation de tous les services publics, ceux qui refusent toute subvention à la SNCF, par exemple, soient aussi ceux qui réclament des subventions lorsque des entreprises privées ne sont plus capables de générer assez de bénéfices ?
Dans le système économique où nous vivons, les subventions ou allègements de charges ne sont pas acceptables. La solution réside dans la vérité des prix : que les entreprises répercutent la hausse des carburants sur leurs clients. Dans le cas des tarifs réglementés, au lieu de réclamer des aides, ils feraient mieux de se montrer solidaires entre eux : agir pour obliger les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités. On ne se passerait pas longtemps de taxis, de bus, ou d'ambulances. Si aides il doit y avoir, elles doivent s'adresser aux gens les plus modestes qui devront de toutes manières payer plus cher de nombreuses marchandises et services par suite de l'augmentation du prix de toutes les formes d'énergie.
En France est-ce que les pouvoirs publics ont vraiment l''intention de se saisir du problème ? Je ne le crois pas personnellement et j'aurais tendance à voir les choses d'une manière pas vraiment optimiste. Pour sortir d'une telle crise il n'y a que des moyens exceptionnels que je n'ose même pas évoquer ici.
Amitiés.
Christian.