Un magot de 50 milliards pour l'emploi et la sécu
Avec France Inter, la chronique de Bernard Maris, journaliste et écrivain. Avant de toucher aux affections de longue durée, il faut s'interroger sur l'efficacité des
exonérations de charges.

Les
entreprises bénéficient de 50 milliards d'exonérations de cotisations via des systèmes divers. Alors, c'est un vieux serpent de mer qui ressort : déjà Monsieur Gandois, patron des patrons dans les
années 1980, avait dénoncé l'inefficacité des exonérations de charges ; certains économistes soulignaient même leur effet pervers : en allégeant artificiellement le coût du travail le moins
qualifié, ces exonérations déqualifiaient le travail en France (la France avait tendance à se smicardiser, disait-on). Pour un gouvernement obsédé par l'efficacité de la dépense publique, il était
temps de se préoccuper de l'efficacité des cadeaux fiscaux.
Quels sont ces cadeaux de cotisations sociales ? On pense d'abord au coût du fameux principe travailler plus pour gagner plus. Les exonérations concernant les heures sup coûtent quelques 4
milliards d'euros aux contribuables.
Il y a ensuite tout ce qui est participation, intéressement, plans d'épargne entreprise, 14.4 milliards d'euros de cadeaux, la prévoyance et la retraite supplémentaire, 13.6 milliards d'euros, les
indemnités de licenciement, 5 milliards d'euros, les stock options, les tickets restaurants etc etc etc. Plus les exonérations ciblées : restauration, zones urbaines sensibles, zones de
revitalisation rurale, DOM-TOM. On a calculé que dans les DOM et la restauration le coût par emploi créé ou maintenu est de l'ordre de 38000 euros (chiffre donné par les Echos) Ce qui fait du 3000
euros par mois. Ca fait cher l'emploi. Dans la restauration vous payez 2 milliards d'exonérations plus 800 millions d'aides directes. Mais ce n'est pas le pire...
Le gros paquet est représenté par les allègements entre 1 smic et 1.6 smic : 23 milliards d'euros. N'est-ce pas là que se situent les effets pervers d'un système qui n'incite pas les entreprises à
faire les gains de productivité nécessaire ? Et surtout... Comment parler du déficit de la Sécurité sociale devant cet énorme manque à gagner ? Que pèsent les cinq milliards de déficit devant cette
montagne d'exonérations dont l'efficacité est plus que douteuse, au dire même des patrons ? Avant de limiter les rembourses aux affections de longue durée, (cancer, Alzeimer, mucovicidose, sida,
diabète etc) ne faut-il pas réfléchir aux exonérations ?
Là où il y a de la gêne il n'y a pas de plaisir.
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